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Séléction de prédication de 2006

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NOËL 2006 - NAISSANCE DU CHRIST - NAISSANCE DU TÉMOIN DE DIEU.

Prédication du pasteur Daniel Neeser, Noël 2006

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Lecture : Evangile selon St Jean 1, 1-18

Voyant venir à lui Jésus, Jean le témoin salue celui qu’il appelle l’Agneau de Dieu (c’est-à-dire l’offrande de Dieu) qui ôte le péché du monde (Jn 1,29) et il affirme : ‘’c’est de lui que j’ai dit : après moi vient un homme qui m’a précédé parce qu’il était avant moi ‘’ (Jn 1.30).

Si aujourd’hui encore nous fêtons Noël, c’est parce qu’il y a eu des hommes et des femmes qui, comme Jean, comme Elisabeth et Marie, comme les Evangélistes et Paul rendirent témoignage. A leur tour d’autres prirent le relais, les Pères de l’Eglise, les Réformateurs et nous, maintenant. Parmi cette foule de témoins, Jean le Baptiste reste celui qui a su, en une phrase, exprimer avec force ce que c’est être témoin du Christ :’’après moi vient un homme qui m’a précédé parce qu’avant moi il était’’. Le paradoxe de cette déclaration désigne fondamentalement qui nous sommes lorsqu’à Noël nous venons, à notre tour, rendre témoignage au Christ et en témoigner à la face du monde, d’une ville, d’un quartier. Jean témoigne de celui qui vient. Alors qu’un témoignage se rapporte habituellement à un fait du passé ou du présent immédiat, dont la réalité n’est pas contestable, Jean témoigne de ce qui vient, qui n’est pas encore. Il n’a aucune preuve de ce qu’il avance, quand bien même cet Autre, déclare-t-il, est plus grand que lui et devant lui ; il n’a aucune prise sur celui qu’il annonce et il le précise lui-même : ‘’moi-même je ne le connaissais pas, mais c’est pour qu’il soit révélé à Israël que je suis venu’’ (1,30) Dieu, pour se révéler choisit à Noël le témoignage aussi faible soit-il, la parole aussi fragile soit-elle, de Jean, de Marie, de Joseph…

Comment témoigner de ce qu’on ne connaît pas ? Comment témoigner d’une vie à venir, celle de l’enfant de la crèche ? Telle est la question de Noël. L’enjeu de cette question est de nous faire découvrir que toute notre vie est à vivre dans la même perspective : celle d’un témoignage à rendre à ce que nous allons recevoir. Vivre, c’est témoigner que nous allons vivre encore, tout à l’heure, et demain et dans dix ans, et dans mille ; témoigner que la vie, la nôtre et celle du Christ –c’est la même ! - est toujours en avant de nous, que nous ne la connaissons pas encore, mais qu’elle nous est déjà annoncée dans son présent. Nous ne pouvons vivre autrement qu’avec cette conscience que tout est don, que tout est grâce et que nous ne possédons rien, que nous ne ‘’connaissons’’ rien par avance, que nous n’avons aucune garantie que nous vivrons tout à l’heure. Cette conscience peut être dramatique et anxieuse, elle peut être aussi libérée de toute peur et légère comme le papillon.

Il y a un autre mot pour dire le don, c’est le présent. Merveille de notre langue française ! A Noël je vais recevoir un présent, LE présent, mon présent. Je serai devant mon présent, devant ce que je suis et je suis ce que je suis appelé à recevoir : Dieu avec moi (sens étymologique du prénom Emmanuel), Dieu en moi et moi devant Dieu, comme les personnages de la crèche.

Pour parler de ce témoignage, l’Evangéliste Jean parle de la lumière et de son refus par les ténèbres. Témoigner c’est parler, donner vie et sens par la parole, dire quelle articulation il y a entre ce dont on témoigne et le réel, le présent. Rendre témoignage à la lumière, c’est parler de quelque chose qui était avant et qui vient encore, qui précède et est à venir. Le témoin ne fait pas advenir la lumière, sa parole ne la crée pas, mais elle l’espère, l’attend et l’accueille. Lorsque je parle de la lumière, j’atteste son existence passée et à venir, celle dont j’ai besoin pour vivre encore, comme j’en ai bénéficié pour en vivre avant, et je me situe face à elle, dans une relation où se conjuguent distance et nécessité.

La lumière m’est révélée par l’opacité qui lui est opposée. Vous avez tous fait l’expérience, dans votre enfance, de ce rayon de soleil filtrant à travers les persiennes, révélé par les milliers de grains de poussière qui y dansent, ou qui dessine ce rond éphémère sur le mur. ‘’La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas accueillie. Survient un homme-témoin…’’. A Noël, même l’opacité à la lumière participe à l’événement, à l’avènement de Dieu. Le refus de la lumière est comme déjà intégré par Dieu dans la manière dont Il se révèle, pour autant que, comme Jean, nous survenions dans les ténèbres, que nous les nommions, en acceptions la réelle épaisseur. Nous devenons témoins parce que, dans les ténèbres par notre présence, par notre opacité, nous révélons une lumière qui était avant nous et dons nous avons besoin. La révéler, en témoigner comme Jean, c’est dire, avouer comme l’aveu qui libère, que nous en avons besoin pour vivre, fondamentalement.

Nous ne connaissions pas la lumière avant qu’elle ne se révèle à nous, nous la reconnaissons en témoignant que nous en avons eu besoin pour vivre jusque là, et en désirant en vivre encore. Devant la lumière, le témoin se découvre illuminé, digne de faire apparaître la lumière qui vient d’un Autre que lui, et cette dignité ne tient pas à ses qualités intérieures, sinon à la seule qui lui soit donnée : celle de témoin. Ainsi en est-il du témoin de la foi. Dieu en Jésus-Christ demande et précède le témoignage humain. Il en est l’objet, le destinataire et la source. Celui qui envoie le témoin est celui qui l’accueille.

Parce qu’Il est Dieu venu de Dieu, lumière venue de la lumière, Jésus de Nazareth rassemble déjà autour de lui et pour lui ceux et celles qui l’attendent. Il est déjà dans l’attente de sa venue, comme la lumière qui, dans les ténèbres, attend pour être révélée que le témoin passe devant son rayonnement, même avec son opacité. Témoigner est proche parent d’espérer.

Comme la lumière derrière moi m’a permis d’être, et devant moi me donne d’avancer, Jésus me révèle ce que je suis dans la résistance que je lui oppose. Mon identité, rendue à sa dignité adamique de témoin, est reçue telle quelle, sans conditions. Sous la lumière de Dieu tout est révélé dans cet appel à être témoin de la lumière. La Parole est la lumière qui, en venant dans le monde, illumine toute personne.

JOYEUX NOËL !

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