
17 décembre 2006 - LES CHEMINS DE MARIE
Prédication du 3e dimanche de lavent, 17 décembre 2006
Temple de Genthod
Pasteur Daniel Neeser
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Lectures bibliques : Esaïe 60,1 - 5 ; Luc 1,26 39
A propos de Marie, un peu dhistoire
Marie, mère de Dieu disent les orthodoxes , mère de lEglise proclame le catholicisme, et nous..., protestants, que disons-nous de celle par qui, dune certaine manière, tout a commencé ?
Lhistoire de notre foi est riche dinterprétations variées, contradictoires, de la Vierge. Luther la considère comme Mère des croyants et figure du disciple ; Calvin est plus circonspect au sujet des fêtes mariales, mais il parle toujours de Marie avec vénération et en lappelant la Vierge Marie ou même la sainte Vierge. Il est vrai que du 16e au 19e siècle le protestantisme ne fera presque plus aucune place à Marie ni dailleurs à de nombreux autres témoins de lhistoire biblique ou de lhistoire de lEglise. Lopposition protestante plus virulente interviendra à loccasion des dogmes catholiques de limmaculée conception et de lassomption (1854 et 1950), dogmes qui reposent sur une conception de la sexualité et de la mort inacceptables pour le protestantisme. Puis « les développements plus récents, en particulier le refus du Concile de Vatican II de toute notion de co-rédemption mariale et son insistance sur lunique médiation salvatrice du Christ permettent à nouveau un certain dialogue. »
Aujourdhui je vais vous proposer quelques manières de voir Marie, que jespère renouvelantes.
Marie, fille et sur
Si la tradition a surtout fait de Marie une mère , éventuellement une épouse , elle a quelque peu occulté le fait quelle fut, dabord fille et, probablement sur. Fille des ses parents et sur, sur parce que probablement née dans une famille nombreuse de lépoque, mais sur aussi parce que fille dAbraham, donc de Dieu, comme tout enfant dIsraël. Avec Pierre-Yves Brandt, docteur en théologie et en psychologie, je propose daffirmer que « Marie est dabord ma sur dans la foi. Tout commence pour elle comme pour moi, par un appel venu dailleurs. Elle se trouve choisie avant davoir choisi quoi que ce soit. Et la merveille quelle nous donne alors à voir, cest que la vocation adressée par la Parole divine, lorsquelle est pleinement accueillie, nen reste pas aux mots mais prend chair, devient corps ( ) En disant que Marie est ma sur en la foi, je confesse que je me découvre promis à la fécondité ».
Cette proposition nous invite à considérer Marie non comme un être différent par nature, conçu à son tour hors normes, hors péché cest le fameux dogme de limmaculée conception de Marie mais comme lexemple de qui accueille la Parole avec tous les risques que cela comporte et de qui prend ses responsabilités. Marie est soeur de notre humanité, elle nest pas ontologiquement différente, elle nest pas dune nature meilleure ou qui serait pure, exempte du péché. Le dogme de sa conception immaculée repose sur lidée, irrecevable, quil faudrait, pour lenfant à naître, un réceptacle pur, comme si la fécondité humaine était entachée dune faute irrémédiable et nécessaire; ainsi Marie posséderait ou aurait reçu une sorte de pureté personnelle correspondant à la pureté divine, donnée par Dieu en vue de la naissance de son Fils. En effet, puisque Jésus est sans péché, il ne peut venir sur terre que hors du péché Mais ce concept repose sur une notion de la sexualité et de la fécondité humaines à lopposé de ce quen dit la révélation et elle contredit tout le ministère du Christ qui sera justement de venir visiter la terre et lhumanité dans leur grandeur et leur fragilité et de porter le péché du monde en y faisant sa demeure. Lhistoire de la crèche, symbole de lexclusion et de la fragilité sociale en sera un des premiers signes.
Lécoute et le voyage de Marie
Une autre facette de Marie, souvent mise en avant, est son obéissance. Sil est vrai que la Vierge conclut lentretien avec lange par ces mots : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu las dit », noublions pas le débat quelle entame et la question quelle pose. Cest, selon Brandt, le côté protestant de Marie. « Luc nous montre Marie gardant une attitude critique, au sens le plus noble du terme, lorsquelle accueille la Parole : elle dialogue, cherche à discerner ce qui lui est proposé. Sil sagit de se laisser féconder par la Parole de Dieu, il faut se garder daccueillir nimporte quelle parole. » Marie exercera son sens critique de deux manières : dabord en questionnant lange sur le fait de sa virginité, puis ensuite en testant le signe que ce dernier lui donne : la grossesse de la vieille Elisabeth. Devant le ventre arrondi de sa cousine, elle chantera son allégresse.
Mais il y a davantage chez Marie. Après ce dialogue, nous raconte Luc, « Marie partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda ». Cest un long voyage que daller de Nazareth en Galilée jusquen Judée, un voyage de plusieurs jours. Marie fait là une autre démarche essentielle pour que la Parole prenne corps en elle : elle prend de la distance, elle sort du lieu de lannonciation, de la rencontre avec son Dieu ; pendant ces heures de marche elle prend le temps de redevenir elle-même, de revenir à elle. On pourrait presque dire quelle sémancipe de la tutelle divine ! Lenjeu est de taille : que ce soit bien elle-même qui accueille cette Vie et non quelque exaltée encore sous le coup de lémotion de la rencontre troublante avec lange. De lémotion, normale, à la réalité de lincarnation en elle de ces Paroles, tel peuvent être le sens et lobjectif de ce déplacement géographique mais aussi intérieur, psychologique et spirituel de Marie. La fatigue de la marche, le silence de la route, le rythme de ses pas et de son souffle ont dû aider Marie à laisser lannonce de lange se décanter en elle, prendre toute sa place et que sa place.
En perspective protestante Marie nest pas différente ontologiquement, quant à sa nature ; elle émerge comme figure emblématique par son comportement, sa manière dêtre, son écoute et son discernement.
Partager la condition denfant du peuple de Dieu, refuser toute prétention à la pureté comme condition pour être au service de la Parole, écouter et prendre une distance critique pour devenir responsable de soi et de la Parole, telles sont les chemins de Marie. Sont-ils si différents des nôtres ?
Notes
1 Concile dEphèse en 431.
2 Encyclopédie du protestantisme, Cerf et Labor & Fides 1995, art : Marie.
3 Mère du Christ seul pour lorthodoxie et le catholicisme, mère dautres enfants pour le protestantisme.
4 Lorthodoxie fera vite de Joseph un vieillard « inoffensif ».
5 Revue Vie et Liturgie, N° 33, décembre 1997 p. 2
6 Id, ibid
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