
15 janvier 2006 - ÉVANGÉLISER, MAIS DE QUOI PARLONS-NOUS ?
PRÉDICATION DU DIMANCHE APRÈS LÉPIPHANIE - 15 janvier 2006
Pasteur Daniel Neeser
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Lectures : Esaïe 55,1 à 5 ; Ephésiens 3,4 à 12 et 3,13 à 21
Dimanche dernier, jour des Rois, la lecture de cette épître nous a déjà stimulés dans notre recherche de jalons pour manifester notre foi au monde et pour le monde. Je vous en proposais trois : appeler à marcher vers Dieu et non vers soi, confesser humblement mais fermement que seul Dieu ouvre le chemin de la grâce et se risquer avec ce que lon croit et que lon sait pour en découvrir la finalité.
Pendant cette semaine, jai relu le texte de lépître que je vous avais proposé, et me suis arrêté à ces affirmations dune audace immense : "Vous pouvez constater, en me lisant, lintelligence que jai des mystères du Christ" et "jai été fait ministre (cest-à-dire serviteur) de lévangile par la grâce que Dieu ma donnée par lénergie de sa puissance" et encore " à moi a été donnée cette grâce dannoncer aux nations lindéchiffrable (limpénétrable, lineffable, lincommunicable) richesse du Christ et de mettre en lumière pour tous la réalisation (leffectuation ) du mystère caché de tous temps en Dieu le créateur".
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Vous vous rendez compte de ce que Dieu a donné à Paul et, à travers lui, à nous ! Sommes-nous dignes de le recevoir, dignes de cette puissance, de cette responsabilité, de ce mystère dévoilé (ou révélé, le même mot que Apocalypse) ?
Oui, il y a eu révélation, il y a eu un don venu den haut, du ciel, cest-à-dire dun lieu inatteignable. Inatteignable, pour que nous ne puissions en souiller la source ni prétendre la posséder ; nul ne possède ni la vie, ni le pardon, ni la justice ; nul ne possède ni Dieu ni laccès à Lui ! Tout est à recevoir de Dieu. Inatteignable encore, parce que nous sommes créatures.
Quand Paul prétend que tout cela était inatteignable, caché depuis la fondation du monde et fut révélé par une décision ne tenant quà Dieu et sur laquelle Il na pas à sexpliquer, il désigne cette distance, cette liberté absolue de Dieu qui est, en quelque sorte, le reflet de notre condition de créatures : nous avons tout à recevoir et cette source du don initial est en Dieu, elle est Dieu : au début était le don de Dieu, le pardon, comme dit Lytta Basset dans son premier grand ouvrage : Le pardon originel .
Cette liberté de Dieu de donner est la source de la nôtre, celle de recevoir. Cest ce qui permet aux auteurs de lépître daffirmer : "En Christ nous avons, par la foi en lui, la liberté de laccès à Dieu en toute confiance".
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Cette révélation offerte par grâce pure, sans condition, le fut dans notre monde livré à la violence, à la finitude et à linjustice. Cest la deuxième partie de lépître que vous allez entendre maintenant (les versets 13 à 21). Ces détresses endurées par lapôtre sont aussi celles des communautés rédactrices de ces pages. Si nous acceptons lidée, fortement établie, que cette épître nest pas directement de Paul, mais de chrétiens issus de sa foi, nous pouvons alors avoir la même audace que lapôtre et entrer dans la même perspective : comme à eux, cest à nous, à sa suite, qua été révélé le mystère de Christ. Comme le propose Vouga en parlant au nom des auteurs de lépître : "Puisque lapôtre nous a fait part du mystère qui lui avait été révélé, et puisque nous étions devenus les bénéficiaires de lappel qui lui avait été adressé, nous étions désormais responsables, avec lui et après lui, de répéter la Bonne Nouvelle qui lui avait été confiée".
Oui, nous sommes porteurs dans le monde et pour le monde dune nouvelle digne de confiance et heureuse : Dieu se révèle en Jésus-Christ, comme une source de vie libre, comme un Dieu en paix, qui ne demande rien, qui nest la propriété de personne.
Tel est le don, la révélation, qui fait de nous, de vous et moi, des ministres de la parole, des serviteurs de lévangile. Voilà ce qui nous permet cette audace immense de dire qu à nous a été donnée cette grâce dannoncer aux nations lindéchiffrable (limpénétrable, lineffable, lincommunicable) richesse du Christ et de mettre en lumière pour tous la réalisation du mystère caché de tous temps en Dieu le créateur". Audace, mais aussi quelle responsabilité !
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Je conclurai par ceci : comment répondre à cette responsabilité, comment témoigner ? Voyons encore notre épître et ce que proposent ses rédacteurs : la prière et la prière de louange ! "Cest pourquoi je fléchis les genoux devant le Père... " Ces lignes ont des accents poétiques et liturgiques, cest par une louange que nous répondrons le mieux à notre vocation de prêcher lévangile, de le transmettre aux nations. En chantant Dieu, en parlant de lui avec émotion et amour, avec crainte et tremblement, comme lorsquon parle de et à son amoureux ou son amoureuse, cest ainsi que nous sommes, et en premier lieu, appelés à témoigner dans le monde et pour lui. Le chant, la louange, la prière, lémotion sont les moyens les plus sûrs et les plus justes de dire Dieu au monde. Est théologien celui qui prie, disent les Pères de lEglise.
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Notes :
1 En grec : léconomie
2 Pour envisager correctement ces questions, il faut savoir quil est généralement admis que cette épître nest pas de Paul mais de milieux chrétiens se réclamant de sa pensée et de sa foi et vivant à la fin du premier siècle. Cf. François VOUGA, Une société en chantier, Chrétiens au coeur de la mondialisation selon lépître aux Ephésiens, Editions du Moulin, 2004, p. 5
3 Editions Labor et Fides, Genève 1994
4 Vouga op. cit. p. 49